Un
des plus grands évêques de Troyes, saint
Loup (529-579), y établit des écoles
renommées et put, par son ascendant et
l'autorité de son caractère, préserver sa
ville épiscopale de la présence et de la
fureur d'Attila et de ses Huns. Les Huns
venaient d'être repoussés d'Orléans au
moment même où ils commençaient à la
piller. Ils se retirèrent par la Champagne
qu'ils avaient déjà traversée. « Ils
étaient devant Troyes, dit M. Guizot ;
l'évêque saint Loup se rendit au camp
d'Attila et le supplia d'épargner une ville
sans défense, car elle n'avait ni murs ni
soldats. Soit ! lui répondit Attila, mais tu
viendras avec moi et tu verras le Rhin ; je te
promets de te renvoyer alors. Prudent et
superstitieux, le barbare voulait garder le
saint homme en otage. » C'est après
cette entrevue qu'Attila aurait, dit-on, fait
massacrer le diacre Mesmin.
Les
Huns furent encore arrêtés dans les plaines
voisines de Troyes, appelées Champs
catalauniques ou de Mauriac (aujourd'hui Méry
?), au cinquième milliaire, c'est-à-dire au
onzième kilomètre de Troyes, dit une
chronique découverte au Danemark. Quand
arrivèrent l'armée romaine et les troupes
alliées, au nombre desquelles se trouvaient
les Francs commandés par Mérovée, Attila
fut obligé d'accepter le combat (451). Il fut
complètement défait. « Ce fut, dit
Jornandès, une bataille atroce, multiple,
affreuse, acharnée, telle que l'Antiquité
n'en raconte aucune semblable. » Selon les
uns, trois cent mille hommes, selon les
autres, cent soixante-deux mille restèrent
sur le champ de bataille. Le roi des
Wisigoths, Théodoric, y fut tué. La bataille
de Mauriac chassa les Huns de la Gaule, et fut
dans ce pays la dernière victoire remportée
encore au nom de l'Empire romain, mais en
réalité au profit des nations germaniques
qui l'avaient déjà conquise.
En
effet, un siècle ne s'était pas écoulé que
Clovis, roi des Francs, s'emparait de la
plus grande partie du territoire de la Gaule
et en particulier de Troyes (484), ainsi que
de tout le pays environnant, qualifié, à
partir du cinquième siècle, de Champagne (Campania),
à cause de ses immenses plaines crayeuses.
Lors du partage des possessions de leur père
par les fils de Clovis, la Champagne fut
attribuée au royaume d'Austrasie dont Metz
fut la capitale (511).
Cette
province eut à souffrir des luttes sanglantes
auxquelles donna lieu la rivalité des deux
reines ennemies, Frédégonde et Brunehaut.
Frédégonde était reine de Neustrie et
Brunehaut d'Austrasie. Cette dernière eut
souvent à lutter contre ses leudes, et l'un
d'eux, Wintrio, duc de Champagne, qui, après
s'être déclaré en sa faveur, conspirait
contre elle, fut mis à mort par son ordre
(598).
Les
Sarrasins de l'Espagne, en 720, les Normands,
en 889, s'emparèrent de Troyes, la
réduisirent en cendres et pillèrent toute la
contrée environnante. Au dixième siècle,
les Normands reparurent une seconde fois, mais
ils furent éloignés par l'évêque de
Troyes, Ansegise. Cet évêque, profitant de
l'ascendant que cet heureux résultat lui
donnait sur ses concitoyens, essaya de
supplanter le comte Robert, qui parvint à
chasser de Troyes l'usurpateur. En vain
l'évêque réclama-t-il le secours de
l'empereur d'Allemagne, Othon, et vint-il avec
une armée de Saxons mettre le siège devant
la capitale du comté, il fut repoussé et
contraint de se retirer.
Vers
le commencement du douzième siècle, deux
importants monastères furent fondés sur
le territoire compris dans les limites du
département, l'un à Clairvaux (1114), par
saint Bernard, « le plus éloquent, le plus
puissant et le plus pieusement désintéressé
des chrétiens de son temps », dit M. Guizot
; l'autre au Paraclet, par son illustre rival,
Abélard, et dont Héloïse fut la première
abbesse. Le premier se fit remarquer par son
éloquence au concile de Troyes, en 1128, et
par sa prédication de la seconde croisade
(1147), qui n'eut aucun résultat et dont
l'issue fut désastreuse.
En
1229, la reine Blanche de Castille,
accompagnée de son fils Louis IX, accourut au
secours de Thibaut IV, comte de Champagne,
assiégé dans Troyes par les hauts barons
révoltés contre le pouvoir de la régente.
Le siège fut levé, mais, l'année suivante,
les assiégeants revinrent avec des secours
que leur accorda le roi d'Angleterre. Cette
fois Thibaut fut vaincu. Il implora encore
l'aide de la régente et du roi qui conclurent
la paix pour lui, mais à la condition qu'il
prendrait la croix. L'expédition du comte de
Champagne eut lieu au mois d'août 1239 ; mais
elle fut aussi inutile que la précédente.
Vers
ce temps commence la grande renommée des
foires de Troyes où les marchands
accouraient de tous les points du monde. Leur
importance ne décrut qu'au seizième siècle,
à la fin duquel elles disparurent pour être
autorisées de nouveau en 1694. La réunion de
la Champagne à la couronne, qui fut
définitive en 1361, était, d'ailleurs,
désirée par les populations, comme le prouve
le fait suivant. En 1328, le roi Philippe VI
dit le Long, ayant donné à Philippe de Croï
la ville de Bar-sur-Aube, les habitants la
rachetèrent à ce dernier et la donnèrent de
nouveau au roi, mais à la condition qu'elle
serait désormais inaliénable.
Pendant
la guerre de Cent ans et le règne
déplorable de Charles VI, dont la femme,
Isabeau de Bavière, et les oncles
exploitaient la folie pour ruiner la France,
le Parlement de Paris fut transféré à
Troyes, en 1418, et, en 1420, l'un des plus
honteux traités de notre histoire y fut
signé par Charles VI et le roi d'Angleterre,
Henri V. Par cet acte, le roi de France
déshéritait son fils et donnait au roi
d'Angleterre sa fille et la France.
Heureusement pour notre gloire nationale et
pour notre indépendance, le Dauphin, qui
monta bientôt sur le trône sous le nom de
Charles VII, ne désespéra pas de sa cause.
Il luttait mollement, il est vrai, quand une
humble bergère, Jeanne d'Arc, inspirée par
des voix divines, vint à son secours ; et,
ranimant par sa parole et par son exemple les
courages défaillants, elle mena le roi
d'Orléans à Reims, pour l'y faire sacrer.
Cette héroïne, dans l'accomplissement de sa
glorieuse mission, vint mettre le siège
devant Troyes, et les bourgeois lui ouvrirent
les portes au moment même où elle se
préparait à l'assaut (9 juillet 1429).
La
ville de Troyes fut la première à
reconnaître le Dauphin (Louis XI) pour roi de
France. Pendant près de six ans les
Troyens s'efforcèrent de replacer sous
l'autorité du roi les contrées comprises
entre l'Yonne et la Marne. Par le traité
d'Arras, Bar-sur-Seine et son comté firent
partie de la Bourgogne et eurent jusqu'en 1789
leurs députés aux États de cette province,
la Champagne étant alors pays d'élection.
Les guerres de Louis XI contre les ducs de
Bourgogne, eurent souvent pour théâtre les
confins de cette province et de celles de
Champagne. Troyes était alors le quartier
général du roi de France.
La
Champagne fut plusieurs fois encore envahie,
notamment pendant les guerres de l'empereur
Charles-Quint et de François Ier. Les troupes
impériales incendiaient tout sur leur
passage, et la ville de Troyes (1524) fut
presque entièrement détruite par les
flammes. Le fanatisme ensanglanta diverses
villes du département pendant les guerres
civiles religieuses du seizième siècle. La
Saint-Barthélemy (1572) y fit trop de
victimes. La Ligue domina à Troyes à partir
de 1588 et la plupart des villes n'ouvrirent
leurs portes à Henri IV qu'après son
abjuration (1593-1594).
Aucun
événement digne d'une mention, si ce n'est
l'exil du Parlement de Paris à Troyes (1787),
n'eut lieu dans cette région jusqu'à la
réunion des États généraux en 1789. Le
département de l'Aube fut constitué tel
qu'il est encore aujourd'hui par le décret de
l'Assemblée nationale du 15 janvier 1790. Bien
que terre natale de Danton, le
département resta en dehors de la grande
tourmente révolutionnaire. Pendant le règne
de la Terreur, il jouit d'une assez grande
tranquillité. A la fin du règne de Napoléon
ler, qui était sorti de l'école militaire de
Brienne, des combats gIorieux pour nos armes,
mais inutiles, illustrèrent un grand nombre
de localités dans le département de l'Aube.
Bar-sur-Aube, Brienne, La Rothière, Troyes,
Nogent-sur-Seine, Méry-sur-Seine , La
Ferté-sur-Aube, Arcis-sur-Aube, souffrirent
cruellement de la lutte désespérée que
l'empereur et son armée soutinrent contre les
alliés qui avaient envahi la France et qui
étaient dix fois supérieurs en nombre
(1814).
Vaincu
malgré ses éclatantes victoires, Napoléon
Ier, abdiqua (11 avril 1814) à
Fontainebleau, et reçut l'île d'Elbe en
souveraineté ; puis Louis XVIII, frère de
Louis XVI, fut déclaré roi de France (12
avril). Mais une année ne s'était pas
écoulée, que Napoléon quittait furtivement
l'île d'Elbe, où il avait été exilé, et
débarquait à Cannes (1er mars). Le 20 mars
il arrivait à Paris. Mais, le 18 juin
suivant, il était complètement battu à
Waterloo et abdiquait de nouveau le 21 juin.
Les armées de l'Autriche, de la Russie, de la
Prusse et de l'Angleterre, occupaient une
partie du territoire de la France, et le
département de l'Aube dut subir l'invasion
et, pendant trois ans, l'occupation
étrangère. Il ne fut évacué que le 30
novembre 1818.
Pendant
la guerre de 1870-1871, il revit les
armées prussiennes qui y levèrent des
contributions énormes et s'y signalèrent par
des actes odieux. Elles ne l'évacuèrent que
le 19 août 1871, après une occupation de
neuf mois et demi.
Si,
pendant la guerre de 1870-1871, l'Aube n'a pas
connu de destruction, il n'en a pas été de
même pendant la Seconde guerre mondiale,
où les bombardements allemands et alliés ont
dévasté de nombreux immeubles, ponts, routes
et voies ferrées. Aujourd'hui, l'Aube est de
plus en plus connue des touristes attirés par
son patrimoine artistique et culturel : ses
églises de pierres ou à pans de bois
(Lentilles), ses manoirs du XVIème siècle (Rumilly-les-Vaudes
ou Vermoise), ses grands châteaux des
XVIIème et XVIIIème siècles (Villemereuil,
Vendeuvre, Dampierre, Brienne, La Motte-Tilly),
les richesses de Troyes avec ses neuf églises
classées, ses hôtels du XVIème siècle, ses
maisons à pans de bois construites après le
" grand feu " de 1524, ses vieilles
rues et son musée d'art moderne aménagé
dans l'ancien évêché.